La 81e édition du Bol d’Or Mirabaud devait être exceptionnelle avec une météo qui annonçait un orage violent sur la course en fin d’après-midi. Ce Bol d’Or je l’aurai dû faire avec Jean-Marc Deryng sur son Melges 32 Dupin. La réponse à la question de s’avoir si nous voulions préserver le bateau pour le reste de la saison, a eu raison de notre participation à cette épreuve incontournable de la saison lémanique. D’un commun accord il a été décidé de ne pas s’élancer sur la ligne de départ. Le respect du choix du propriétaire est un point important dans le suivi d’un projet à long terme.
Sac à terre donc, mais pas pour longtemps. Je téléphone à mon autre propriétaire, Bernard Vananty, qui n’a pas de pilote pour le suivre en zodiac sur son tour du lac. Vu la météo annoncée, son catamaran sur foils aura de grandes facilités de voler, voir même de s’envoler !!! Rendez-vous est donc donné samedi matin pour être à l’heure sur la ligne de départ. 10h pétantes, les 465 concurrents s’élancent sur les 60 milles du parcours, dont certains vont être très sportifs…
Si les conditions sont plutôt clémentes en ce début de Bol d’Or, c’est en fin d’après-midi que la météo se détériore dans le haut lac. A bord de mon zodiac j’ai un regard fixé vers Genève sur le nuage qui avance à une vitesse folle sur nous, ainsi qu’un oeil fixé sur le radar de Météo Swiss. Cela va taper fort. Impossible de dialoguer avec les trois équipiers de l’EasyToFly. En bon marin ils savent à quoi s’attendre et font le nécessaire. A savoir réduire la voilure. J’en fait de même. Pas la voilure, mais je m’équipe en conséquence (ciré, gilet de sauvetage…) et j’amarre tout ce que je peux à bord du zodiac. Le lac va être formé. Des vagues hautes et courtes qui vont très clairement me chahuter.
L’orage passe sur nous. 50 noeuds de vent et plus. La mer blanchit. Le catamaran s’envole et se retourne en une fraction de seconde. Mon premier réflexe sera d’aller vérifier si chacun les trois équipiers sont bien au complet, ce qui est le cas. Ejectés ils ont pu remonter sur le trampoline du catamaran retourné. Il va nous falloir patientier bien Une heure avant que l’orage ne cesse. Une longue heure durant laquelle je tourne autour de Tixwave pour ne pas les perdre de vue. Mon seul oubli aura été de ne pas avoir apporté un masque de ski car la violence des éléments mettait à mal ma vision. Une longue heure à espérer ne pas rencontrer un concurrent en perdition qui ne peut maîtriser sa trajectoire…
L’orage est passé. L’heure des comptes à sonner. Nous tentons de remettre à l’endroit le catamaran. En vain… Avec son mât cassé sous l’eau, il est impossible de faire un point d’appui sur la voile en tractant le catamaran. Plusieurs vaines tentatives nous obligent à larguer le mât au fond de l’eau. Nous mettons un temps fou à récupérer tout ce qui peut l’être pour limiter l’impact écologique de notre fortune de mer. Et c’est coque à l’envers que nous ramenons le bateau blessé près du rivage. La nuit tombe. Nous sommes tous trempés des pieds à la tête depuis de nombreuses heures. Nous laissons le catamaran à une bouée. Demain est un autre jour. Nous le retourneront à l’aide de la grue du port…
Fin d’un Bol d’Or épique. Il y aura eu trois bateaux coulés, une douzaine de dématâge, plus d’une centaine de voiles déchirées, quelques équipiers passés à l’eau et heureusement récupérés sain et sauf. Un Bol d’Or qui restera dans les annales.
A noter que ce jour là une plaisancière a perdu la vie en tentant de ramener son embarcation à sa bouée. Le couple a été pris dans l’orage à 300 mètres du bord. Le bateau a coulé et malheureusement la dame est restée bloquée à l’intérieur… Une triste histoire alors que cela faisait une semaine que Météo Swiss et les médias annonçaient une journée dantesque sur le lac. Si prendre part à une régate en connaissance de cause est une chose, pratiquer son loisir dans une météo annoncée exécrable en est une autre. Comme en montagne la nature aura toujours le dessus sur nous…